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Thiers 16 000 habitants (les Thiernois)

La ville de Thiers :
Etagée sur les flancs du ravin où coule la Durolle, une vue magnifique sur la grande Limagne et les monts Dômes, de vieux quartiers, méritent d'attirer le touriste à Thiers.

Ce sont les eaux de la Durolle qui ont fait la fortune de Thiers.
Les industries du papier et des couteaux fabriquent depuis le 15ème siècle et si la première a presque disparu, la seconde maintient le renom de la cité.

La ville s'établit d'abord sur la rive gauche de la Durolle, autour de la petite église du Moutier pillée et incendiée par les Francs en 532 dont Thierry 1er, fils de Clovis en fut le chef. Elle se relève de ses ruines tandis que l'évêque de Clermont, Avitus, bâtit un sanctuaire sur l'autre rive, autour du tombeau du martyr Saint Genès. Plus tard, un château fort est édifié près de cette église et, dès lors, la ville se développe sur la rive droite; elle devient le siège d'une baronnie.

La coutellerie à Thiers :
Une population rurale dense exploitait au mieux ce pays, avec des formes parfois originales, comme les fameuses communautés de parsonniers, dont certaines ont perduré depuis le Moyen Age jusqu'au XIX° siècle .
Mais les densités des populations rurales n'ont pu rester telles que par l'apport de l'industrie. Très tôt, Thiers a su profiter de sa position de contact pour distribuer le travail dans la montagne vers l'est, sur le piedmont à l'ouest et quelque peu au nord (jusqu'à Saint-Victor Montvianeix) et au sud (les deux Vollore). Le "bassin coutelier" s'est ainsi peu à peu constitué, au cours des siècles, s'étendant - par imitation - aux communes voisines en période de prospérité ; se contractant - par nécessité - en temps de crise.

Les Thiernois ont inventé "le travail en miettes" bien avant l'expression :

  • les patrons, souvent des négociants, distribuaient la matière première, concentraient le travail fini, vendaient leurs articles en dehors de la région ;
  • les martinaires, les émouleurs, les polisseurs les trempeurs utilisaient l'eau de la Durolle, soit comme source d'énergie, soit comme fluide de trempe. Par nécessité, leurs artifices étaient égrenés le long du cours d'eau ;
  • les forgerons, les acheveurs de ciseaux, les limeurs, les monteurs d'articles fermants ou non, se dispersaient dans la montagne, leurs œuvres ne demandant que dextérité et une faible quantité de matière première ;
  • les façonneurs, les cacheurs de corne, les garçons de boutique, les essuyeuses, les plieuses, les négociants se fixaient dans la ville : à l'arrivée de la matière première, à la réception des articles finis.

Tous ces noms de métiers méritent, bien sûr, une explication. Mais cet aperçu général serait incomplet sans mentionner le dynamisme commercial de la bourgeoisie thiernoise, installant des comptoirs dans l'Europe entière ; et l'entregent de ces colporteurs-paysans qui, la balle au dos, ont propagé au loin les fruits de cette laborieuse région.

Le Massif Central est souvent présenté comme un réservoir d'hommes allant quêter aux quatre coins de France des ressources complémentaires.
Ce schéma, globalement vérifié, ne s'applique pas aux montagnes orientales de l'Auvergne. La région thiernoise avec la coutellerie (et une multitude d'autres productions), la région ambertoise avec la papeterie, ont su fixer sur place des populations nombreuses, alors que les ressources naturelles étaient particulièrement médiocres. L'émigration, dans ces deux cas, n'est pas un phénomène primaire comme ces "remues d'hommes" bien décrites par Poitrineau.
Mais il s'agit d'un mouvement secondaire, créé par l'industrie : les paysans d'Arconsat vont colporter des couteaux, les peilharots du Livradois partent à la quête du chiffon pour fabriquer le papier.

Tout compte fait, la région thiernoise ressemble assez bien au Jura français, même s'il existe des différences notables au niveau du relief, du climat et du peuplement : "la fabrique jurassienne" a toujours utilisé une main d'œuvre qualifiée, à forte technicité, apte aux travaux minutieux que représentaient le façonnage des pièces d'horlogerie et le montage des montres, la tournerie et la tabletterie, la confection d'objets divers en bois et en corne, la lapidairerie et la taille du diamant.
La main d'œuvre thiernoise est experte dans le travail du bois, des métaux, de la corne. Elle sait, en utilisant des matériaux d'importation donner une forte valeur ajoutée en travail à ces matières. Elle a acquis, très tôt, un sens aigu de l'exportation de ses articles finis.

Thiers est, depuis plusieurs siècles, le plus grand centre français de coutellerie.
L'origine de sa spécialisation remonte au Moyen Age : selon une légende, les croisés auvergnats, lors de la première croisade, auraient rapporté d'Orient le secret de la fabrication ; en fait la métallurgie thiernoise remonte au 14e siècle. Le développement de la coutellerie permet à la ville d'exporter ses produits, dès le 16e siècle, en Espagne, au Pays-Bas et en Lombardie. Des lames de toutes sortes sont repassées sur les meules actionnées par la Durolle. Mais le travail du coutelier s'est modernisé et l'on ne voit plus, comme le représentait une image populaire, l'émouleur allongé à plat ventre au-dessus de sa meule, son chien couché sur les jambes pour lui tenir chaud. Les progrès de la technique et l'électricité ont donné naissance à de puissantes usines. Cependant, Thiers possède encore près de 300 fabricants ou artisans. Les artisans encore nombreux, affectionnent leur savoir-faire ; avec les nouvelles techniques, tout en gardant le respect de la qualité, ils créent et fabriquent. Il peuvent faire des pièces uniques et de plus grosses quantités.
Thiers fut aussi jusqu'au 19e siècle un important centre papetier spécialisé dans la reproduction des cartes à jouer.



Thiers a aussi un musée de la coutellerie, véritable vitrine du passé et du présent.

Aujourd'hui, outre la coutellerie traditionnelle, la fabrication s'étend aux instruments de chirurgie, articles en matière plastique, couverts, articles de cuisine et plats en acier inoxydable, au décolletage et aux pièces détachées pour automobiles.




Ville du métal, Thiers offre une place de choix à la sculpture métallique contemporaine.





Pour comprendre comment et pourquoi la coutellerie est née à Thiers en Auvergne il y a près de sept siècles, pour mesurer la ténacité des hommes, leurs luttes, leur ingéniosité, pour faire de cette connivence avec le couteau une histoire qui dure, pour découvrir une fantastique collection de couteaux visitez le site Internet du Musée de la coutellerie de Thiers qui vous fera partager sa passion pour la coutellerie...


C'était à Thiers en 1885


Cliché studio GIBERT - collection particulière

Comme un autre auvergnat célèbre, le peintre thiernois Lavelle se prénommait Blaise. Né en 1816, mort en 1895, ce bitord à l'habile coup de pinceau fut aussi le créateur et le rédacteur-en-chef du Bon Sens, périodique républicain thiernois en 1848.
Passionné par sa ville, il peignit vers 1885 ce panorama de Thiers que l'on peut admirer dans la salle du restaurant Les Trois Canards à Pont-de-Dore.

Belle pièce que ce tableau, le plus important consacré à Thiers parmi les nombreux paysages de peintre encore visibles aujourd'hui, tant par la taille que par l'ampleur du sujet.

A l'analyse, cette œuvre est intéressante à plus d'un titre.

On remarque, par exemple, le vide laissé par la démolition en 1882, d'une partie de l'église du Moutier, décidée par la municipalité devant le mauvais état de l'ensemble de l'édifice et l'importance des frais de restauration.
On peut également être sûr que cette peinture est antérieure à 1885, puisqu'on ne remarque pas le nouveau collège Audembron, construit de 1885 à 1888; entre la rue Bartasse (rue de Barante) et la rue de la Gare (rue des Docteurs Dumas).
Quant à l'attribution de cette toile - non signée Lavelle - celle-ci ne fait aucun doute : la période, le sujet, le style et la prédilection relevée sur d'autres œuvres, de la chèvre, comme élément de décor, lèvent toute ambiguïté.
Pour ce qui est de la situation, il est probable que le peintre a posé son chevalet aux Belins et en deux endroits différents.
Tout d'abord vers la propriété Viallon pour la partie gauche, où est visible le portail ouest de l'église Saint-Genès, mais aussi vers l'entrée nord du village pour la partie droite où est visible le cimetière Saint-Jean, dans le détail de ses caveaux de pierre.
Sous ces angles, la profonde vallée de la Durolle Saint-Jean est invisible, et on croirait que la bergère à droite aux Belins n'a que quelques pas à faire sur le plat pour gagner cet édifice, ce qui offre quelque difficulté au familier des lieux.
Le panorama va du pont sur la Durolle où passe l'actuelle RN 89 jusqu'à l'église Saint-Jean. On ne peut voir la colline Saint-Roch.
Le tableau restitue bien l'aspect général des maisons gravissant les pentes, uniformément de tuiles rouges, sauf couverts d'ardoises, la propriété Courcon, près de l'église du Moutier et l'immeuble Favrot (actuel Chat Noir).
La tour de l'Horloge, à gauche de Saint-Genès, est bien plus élevée qu'aujourd'hui.
Grâce à leur forte inclinaison, on distingue les toits aigus de l'hôtel du Pirou.
Les vignes, au premier plan à gauche, et dans la pente sous l'hôpital, rappellent que notre département était alors un des plus gros producteurs de vins en France.
Les sites habituellement les plus repérables, tels que Franc-Séjour et l'Hôpital, sont visibles, mais traités sans souci du détail.
En bref, un instant de la vie thiernoise, à l'orée de la III° République.

Qui était Blaise Lavelle ?
Comme nous l'avons dit Blaise Lavelle est né en 1816 à Meilhaud et décédé à Thiers le 27 février 1895.
Très doué pour la peinture, il monta vers 1848 à Paris où il étudia sous la direction de Picot.
Créateur et rédacteur en chef du Bon Sens, un périodique républicain thiernois, il fut déporté en 1852-53 en raison de son attitude lors du coup d'état de Napoléon III.
Professeur de dessin au collège de Thiers, il a présenté ses œuvres aux expositions de Thiers en 1865 et 1884.
Il était surtout connu pour de nombreuses toiles et gravures représentant Thiers.
Le musée municipal conserva son portrait de Giraud, maire de la ville en 1848-49 ".

Article paru dans LA GAZETTE du jeudi 16 septembre 1993, rédigé par Jean-Luc GIRONDE.



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